Des inventions du père Labat à la guerre de Crimée

 

Tout a commencé en 1493 avec la deuxième expédition de Christophe Colomb dans la région caraïbe. Les quelques 1500 aventuriers embarqués sur les 17 vaisseaux du convoi, s'installaient sur les îles des Grandes Antilles où ils se consacrèrent principalement à l'agriculture. La culture de la canne à sucre se révélant particulièrement florissante, la plus grande partie des terres ne tarda pas à lui être consacrée.

En 1635 les français s'installèrent en Martinique et en Guadeloupe. Ils y exploitèrent immédiatement la canne, afin de produire le sucre qui était envoyé en France.

Comme la consommation des eaux de vie de vin, fruits ou grain se répandait dans toute l'Europe, les colons des Antilles imaginèrent la fabrication d'un alcool de canne. C'est ainsi que les sucrier de Martinique multipliaient les petites unités de distillation, dans le but de transformer les résidus de la production de sucre en eau-de-vie...

Tout comme le champagne Don Perignon, le rhum doit sa qualité à l'ingéniosité d'un ecclésiastique. En effet, c'est le père missionnaire Jean-Baptiste Labat qui, par sa connaissance des techniques de distillation, permit le perfectionnement du processus de fabrication du Tafia que l'on appelait aussi Guildive. Avant les apports du père Labat, le rhum, qui sortait des alambics rudimentaires, était une eau de vie rustique et très forte à l'odeur acre. Un tel alcool ne pouvait prétendre séduire les populations européennes. Avec les améliorations des outils de distillation, la qualité du rhum s'affina et les négociants commencèrent à charger des fûts de tafia sur leurs vaisseaux. Le séjour du rhum dans les tonneaux de chêne lui donnait une couleur ambrée que les européens prirent pour naturelle, alors qu'à la sortie des alambics, l'alcool était évidemment incolore.

En France, le rhum se consommait principalement sous la forme de mixtures complexes et chaudes. Il était apprécié pour ses vertus thérapeutiques et fortifiantes.

En 1713, un Edit du Roi de France interdit le commerce des eaux de vie de mélasse et de sirop. Les productions martiniquaises et guadeloupéennes continueront néanmoins à se vendre par le biais de la contrebande. A cette époque, l'Angleterre favorisait la production et le commerce du rhum, selon l'orthographe anglaise de l'époque. Le Royaume-Uni et la Nouvelle-Angleterre étaient alors les principaux consommateurs d'alcool de canne.

Les mémoires Royaux de 1763, 1776 et 1777 vinrent libéraliser et même encourager le commerce du rhum entre les dépendances françaises et les pays étrangers. Enfin, la loi du 8 Floréal An X autorisa l'entrée en France des tafias en provenance des colonies. Ce texte assura l'exclusivité du marché français aux productions martiniquaises et guadeloupéennes.

Au XIXème siècle, les crises viticoles successives qu provoquèrent des pénuries d'eau de vie de vin, favorisèrent l'accroissement de la consommation de rhum en France. L'abolition des droits de douane sur les alcools coloniaux en 1854 accentua cette tendance. La guerre de Crimée puis la première guerre mondiale promurent involontairement la consommation de rhum auprès de la population française. En effet, l'intendance ne trouvant plus assez d'alcool de vin sur le marché, remplaça les rations de cognac et de marc par du rhum.

A cette époque, la production martiniquaise de tafia était à son apogée. On cite le record réalisé en 1917 avec une mise en circulation de 170 000 HAP.