HISTOIRE DE L’IMMIGRATION AUX ANTILLES  APRES 1848

 

 

 

Après l’abolition de l’esclavage, en 1848, se pose le problème de trouver une main-d’œuvre pour les travaux agricoles. Souvent, les travailleurs libres quittent les habitations pour acquérir  leurs propres lopins de terre ou occuper sans titre des terres moins riches dans des régions plus accidentées. Ceux qui restent doivent être payés par les colons, qui souvent manquent de liquidités. Dès 1848, par conséquent, la solution de l’immigration est évoquée, à l’exemple des colonies anglaises de la Caraïbe.

 

En fait d’immigrants, l’ordre de préférence est celui-ci :

Indiens, Africains, Chinois.

Dans un premier temps, l’on se tourna vers l’immigration africaine. Quelques centaines de Noirs libres furent introduits par M. Chevalier, venant de la côte occidentale de l’Afrique, mais les difficultés furent telles pour leur recrutement que le trafic cessa bientôt. Le ministre de la Marine autorisa le recrutement parmi les Noirs esclaves d’Afrique. Ces esclaves étaient rachetés, puis introduits libres dans les colonies avec droit au rapatriement à l’expiration de l’engagement.

Le 1er juillet 1861, la signature de la convention entre la France et l’Angleterre réglementant l’introduction des Indiens, permit de mettre fin à cette immigration qui, par certains aspects rappelait trop les pratiques esclavagistes.

 

Les résultats de l’immigration asiatique ne furent guère plus heureux si l’on en juge par l’exemple de la Guadeloupe. En 1894, furent introduits environ 500 travailleurs japonais pour les plantations de Grande-Terre. Très vite ils entretinrent de mauvaises relations avec les travailleurs  créoles et les employeurs. A la suite de nombreuses rixes et surtout de grèves qu’ils déclenchèrent en juillet-août  1895, ils furent rapatriés dans leur pays d’origine. Quant aux 272 Annamites, après une révolte, les uns furent déportés en Guyane, les autres renvoyés en Indochine.

 

Finalement, à l’exception de l’apport de populations indiennes, toutes ces expériences d’immigration  se soldèrent par des échecs. En effet « l’Indien est plus doux, plus soumis, il est moins exigeant que le Noir et, s’il fournit moins de travail, il n’est pas sollicité par de capricieuses aspirations vers l’indépendance, et l’oisiveté. C’est un instrument de travail moins productif mais plus maniable, plus régulier et moins facile à se déranger ». Telles étaient la pensée de l’époque, telles sont encore les causes de la préférence accordée à l’immigration indienne

 


L’IMMIGRATION INDIENNE

 AUX ANTILLES FRANÇAISES

 

 

L’immigration « des Indiens » fût organisée entre 1854 et 1885 par les pouvoirs publics en vue de pallier le manque de main-d’œuvre locale consécutif à l’abolition de l’esclavage en 1848.

 

Une immigration réglementée :

 

         Il existe deux formes d’immigration :

 

-         L’immigration libre effectué à titre individuel  par les planteurs

-         L’immigration massive sous contrôle gouvernemental, accompagné d’une aide.

C’est la seconde solution qui prévaut.

 

Le ministère de la Marine et des Colonies signe avec des armateurs et des compagnies maritimes des « traités » prévoyant le transport régulier de contingents indiens. Le premier de ces traités est conclu en 1852, avec le capitaine BLANC pour le transport en six ans, aux Antilles françaises de 4 000 Indiens. L’Etat s’engage à payer une prime de 250 F par Indien adulte et 150 F pour un non-adulte. L’engagiste doit verser une somme sensiblement égale et rembourser les 50 F d’avance faite par le recruteur à l’engagé en Inde.

 

Le  25 avril 1855 est crée à Pondichéry la Société d’immigration de l’Inde française pour organisé le recrutement et l’expédition des Indiens vers les colonies françaises ; enfin, le 1er juillet 1861, une convention franco-anglaise est signée permettant de recruter de la main-d’œuvre dans l’Inde du nord à partir du port de Calcutta.

 

 

 

Qui sont les Indiens et d’où viennent-ils ?

 

L’origine des immigrants est diverse : jusqu’en 1861, l’essentiel de la main d’œuvre provient de l’Inde méridionale : les TAMOULS, originaires de la « présidence » de Madras et de loin les plus nombreux, sont embarqués ) à Pondichéry et Karikal. A partir de 1873 et jusqu’en 1875, le recrutement à partir de Calcutta devient prépondérant avec des Indiens du nord-ouest de l’Inde.

 

Les types physiques sont différents et Singaravalou, un historien guadeloupéen, indique que les  Indiens recrutés dans les différentes circonscriptions n’avaient pas la même allure, ni les mêmes aptitudes au travail de la terre.

 

Comment sont-ils perçus par  la population ?

 

En 1878, Haurigot, un écrivain français témoigne dans son livre « Excursions aux Antilles françaises » :« Ils sont grands, minces, élancés, avec des attaches légères et des traits d’une finesse extrême. Leur cheveux plats sont longs et rudes, et d’un noir terne. Ils sont en général doux et adroits, soumis, obséquieux même. Ils forment une caste distincte qui se mêle peu aux autres habitants et constituent ainsi un élément à part, un noyau nouveau de population ».

 

Les origines socioprofessionnelles sont semblables même si les immigrants sont d’origines géographiques différentes : castes moyennes et inférieures forment le gros des contingents. Les adeptes de la religion hindoue sont les plus nombreux : plus de 8 Indiens sur 10. Les Chrétiens sont en très petits nombre, par contre une minorité non négligeable est musulmane.

 

 

 

QUEL EST LE STATUT DE L’IMMIGRÉ INDIEN ?

 

 

 

 

Tout immigré indien est titulaire d’un contrat d’engagement. Il doit aussi avoir un livret et un passeport intérieur.

 

-         Le livret est obligatoire pour tout travailleur indien âgé de plus de 10 ans. C’est à la fois une carte d’identité et un moyen de contrôle qui doit être pouvoir présenté à tout moment sous peine d’amende.

-         Le passeport intérieur est indispensable à tout adulte de plus de 16 ans, sous réserve de payer l’impôt.

-         Le contrat d’engagement stipule que celui-ci ne peut excéder une durée de cinq années.

 

A la  fin de son contrat, le « COOLIE » qui n’use pas de son droit de rapatriement à plusieurs possibilités :

·                                            Signer un nouveau contrat de travail

·                                            S’engager comme travailleur libre ayant renoncé définitivement à son droit de rapatriement ou l’ayant « réservé »

·                                            Travailler avec un permis de résidence libre sous le régime de droit commun

 

L’Indien qui n’est pas un  citoyen français, bénéficie de la protection du service de l’immigration composé d’un inspecteur d’arrondissement, et d’agents chargés de veiller aux conditions d’existence des Indiens. Ces derniers doivent faire des tournées, recevoir les plaintes et doléances des immigrants, vérifier les carnets, contrôler l’état de santé et les conditions de travail.

 

Ce sont les agents de l’immigration qui vont pour eux en justice ; ne sachant pas le français, les Indiens n’ont pas le moyen d’exprimer  leurs besoins, leurs plaintes ; ils dépendent entièrement des agents pour le redressement  de leurs griefs. Ils sont donc peu défendus.

L’ accès des Indiens à la citoyenneté française

 

 

Ce n’est pas sans difficultés que les Indiens  des Antilles françaises ont obtenu la reconnaissance de leur qualité de citoyen français à part entière. Cette reconnaissance est le résultat de la lutte d’un Guadeloupéen d’origine indienne, Sidambarom, qui finit par obtenir définitivement gain de cause en 1922. Les membres  de la communauté indienne, suivant l’exemple de Sidambarom, participèrent d’abord avec réticence puis de plus en plus à la politique locale.

L’assimilation des Indiens à la nation martiniquaise s’est faire progressivement, avec le temps. Toutefois, peu d’éléments ont permis d’apprécier la lutte des Indo-martiniquais pour leur assimilation politique, comme sociale. Mise à part la fameuse affaire des « seize de Basse-Pointe » dans laquelle trois Indiens ont activement participé, la seule trace retenue serait celle d’Eugène GOVINDIN, élu municipal de la commune de Basse-Pointe et compagnon de route de Joseph LAGROSILIERE. Malheureusement, nous ne pouvons prétendre que son œuvre ni celle de PERMAL aient eu des retombées particulières sur la reconnaissance des droits civiques et politiques des descendants d’immigrés indiens dans les colonies françaises d’Amériques. Même si l’abstention de toute la communauté indienne, en 1952, a fait capoter l’élection municipal du candidat favori de Basse-Pointe, à cause de propos malveillants qu’il avait émis à leur encontre chez son coiffeur.

 

 

 

LA VIE QUOTIDIENNE DES INDIENS

 

 

A la Martinique, lors des premières années, le débarquement a lieu à Saint-Pierre, puis à partir de 1857, pour des raisons de contrôle sanitaire, il est déplacé à Fort-de-France où un « dépôt des immigrants » est construit à leur intention sur la rive droite à l’embouchure de la rivière Levassor.

 

Une fois les formalités  administratives remplies, les travailleurs sont attribués aux engagistes qui doivent logement, nourriture et soins.

 

L’immigré doit effectuer un maximum de neuf heures trente de travail par jour, mais « n’est pas considéré comme travail l’obligation de pourvoir les jours fériés aux soins des animaux  et aux besoins de la vie habituelle ». Il perçoit un salaire fixe de 12,50 francs pour les hommes, 10 francs pour les femmes et 5 francs pour les enfants, vêtements et vivres (214 grammes de morue, 85 centilitres de riz, 20 grammes de sel) devant être fournis par les propriétaires.

Le salaire est dû après les vingt-six jours réellement effectués. L’habitant étant le seul juge du nombre de jours effectués, des abus sont nombreux, surtout les salaires impayés.

 

La réalité est tout autre. Le contrat n’est pas respecté. Les immigrés sont logés misérablement sur l’habitation. Ils sont littéralement parqués dans les cases des anciens esclaves, le planteur n’ayant pas jugé bon de modifier la structure de son habitation du fait de l’arrivée des immigrants. Il n’y a pas de médecin, pas d’infirmerie comme le prévoyait le contrat.

Les mauvais traitements, les détentions sévères et arbitraires sont nombreux et tout cela avec la complicité des syndics. Les bastonnades et les assassinats sont fréquents.

 

Les immigrants engagés, comme tous les autres ouvriers agricoles, sont attachés à l’habitation comme de véritables serfs, avec leurs cases en paille au sol en terre battue, sans horaire fixe, travaillant les dimanches et jours de fête. Ils sont souvent payés avec le « caïdon », sorte de pièce en métal (souvent en cuivre) sur laquelle sont inscrites les initiales du béké, et d’une valeur de cinquante centimes. Avec ces « caïdons », ils ne peuvent acheter que dans la boutique du propriétaire, située généralement sur la propriété ou dans ses alentours proches. Au moment de la paie, leur dette était déduite de leur salaire. Leur compte étant toujours débiteur, ils restaient liés à leur béké et à l’habitation. Il n’en demeure pas moins que le « caïdon » permettait de mieux contrôler la présence des salariés.

Ce n’est qu’en 1912 que cette pratique du « caïdon » sera supprimée.

Les immigrants indiens vivent donc cloisonnés à l’habitation, dans une misère effroyable : le montant du salaire journalier n’a guère évolué entre 1853 et les prix ne cessent d’augmenter. Ils sont taillables et corvéables à merci, éloignés de toute évolution de la vie sociale comme politique de l’île, pourtant en pleine ébullition.

Les immigrants indiens engagés, salariés dans le cadre d’un contrat, et leurs descendants métis ou non nés sur le sol français des colonies des Antilles, demeurent sujets de la Reine d’Angleterre et doivent être régis par la loi britannique.

 

En conséquence, l’engagé indien n’est pas soumis au droit commun comme le créole – bien que le régime du travail réglementé ait été aboli en 1884-85, mais « au régime exceptionnel… aggravé par une réglementation toute spéciale à l’immigrant », l’engagé indien étant toujours considéré comme sujet de sa Majesté la Reine d’Angleterre et non comme sujet et encore moins comme citoyen français.

Ainsi, les engagés indiens continuent d’être assimilés à des étrangers. Leur sort est injuste, car, exposé à l’arbitraire. Ils travaillaient sans avoir aucun des avantages des pays libres.

 

Les réactions des indiens face au non-respect du contrat

 

Dans cet univers concentrationnaire, l’Indien ne pouvant s’exprimer pour réclamer lui-même ses droits, adopte plusieurs attitudes : la révolte, le désespoir ou la fuite. Ainsi, dès 1861, ils deviennent des incendiaires pour se venger des mauvais traitements infligés, des « coolies marron » pour fuir cette réalité abominable « en 1885, on note que la Savane du Fort de Saint-Pierre était élue domicile par les coolies vagabonds de Saint-Pierre, déguenillés, sales, malingres… ». Tout cela parce-qu’ils ne sont pas soumis au droit commun et par conséquent exposés à l’arbitraire.

Il faut dire qu’il y avait une comptabilité spéciale pour les Indiens. Une simple absence est signalée par la mention « marronnage » ! Le vieux réflexe de l’esclavage se perpétue. Il ne s’agit là, que d’un non-respect du contrat de travail. Le maître, l’engagiste, est peu soucieux d’exécuter les clauses du contrat, se sachant «  à l’abri dans sa mauvaise foi, grâce à la connivence tacite des autorités locales », comme le disait si bien Armand CORRE, dans son étude politico-sociologique en 1890.

En 1868, les incendies devenant de plus en plus fréquents, le Gouverneur finit par admettre qu’il s’agit bien d’une réaction contre les procédés des propriétaires.

A CORRE nous précise que « l’incendie était une des formes les plus ordinaires de l’attentat parmi les coolies ; ils se vengeaient de la mauvaise foi ou de l’inhumanité de leurs engagistes en les frappant dans leurs biens, n’osant les atteindre jusque dans leur personne ». Pour ce, « ils mettaient le feu aux cannes déjà mûres pour la récolte ou récoltées et emmagasinées, à l’usine,… avec l’intention de nuire aux maîtres… ».

Malgré tout, les désertions des ateliers de travail continuent à un rythme si soutenu que le Directeur de l’Intérieur dépassé, signale au Gouverneur que les « Indiens emploient tous les moyens possibles pour se soustraire à leurs obligations de travail ». Les «  incendiaires » indiens « mettent le feu afin d’être envoyés à Cayenne, où ils espèrent, en subissant leur peine, trouver tout à la fois, repos et bonne nourriture ». Et cette opinion est fortement accréditée.

 

L’année 1870 va vivement secouer la Martinique. La tension sociale déjà grandissante se trouve accrue par les répercussions de la guerre franco-allemande sur le plan économique : les planteurs sans numéraires et ne bénéficiant plus d’avances des commissionnaires de Saint-Pierre, ne peuvent plus rémunérer les travailleurs.

 

De 1881 à 1886, la Martinique vit en pleine crise sucrière.

Avec cette crise, apparaîtront les premières rancoeurs des anciens esclaves envers les immigrants.

Pour la population de l’époque : « Il existe deux catégories de travailleurs :

·        «  Ceux qui sont soumis au droit commun, les Créoles

·        Ceux qui sont soumis au régime exceptionnel, les Indiens ».

 

Le salaire des Indiens est fixé par décret, et c’est donc le travailleur indigène qui supporte la crise. Il coûte cher et ne chôme pas. L’immigration devient une concurrence organisée au détriment du travailleur créole. En effet, réguliers étaient les mouvements de « briseurs de grève » élaborés par les planteurs qui déplaçaient les travailleurs indiens de leur plantation de Saint-Pierre par exemple jusqu’à leur propriété de Basse-Pointe afin de couper court au mouvement déclenché. Et vice-versa. Ce qui ne manque point de faire considérer les Indiens comme des briseurs de grève.

Ce qui permet de mieux comprendre le mépris qu’affichèrent les anciens esclaves envers la population indienne.

 

 

LA FIN DE L’IMMIGRATION INDIENNE

 

 

 

 

A la Martinique, le Conseil Général se prononce le 18 décembre 1884 pour l’arrêt des introductions et décide de ne pas renouveler les contrats arrivés à l’expiration ; il supprime en même temps la prime de réengagement.

A la suite de cette motion, un arrêté du 17 janvier 1885 fixe le régime des immigrants.

Le travail réglementé est aboli.

 

La question du rapatriement :

 

En 1853 et 1884, selon les statistiques du Conseil Général pour 24584 Indiens arrivés à la Martinique, il y a 3 605  naissances 11 944 décès (soit prés de la moitié des immigrants) et 4260 rapatriements par 16 convois.

L’organisation de voyage retour reste sensiblement identique à celle de l’aller.

 

Le chiffre minimum du contingent est fixé à 600 adultes ou équivalents (sachant que 2 enfants de 1 à 10 ans équivalent à l’adulte) dans le cahier des charges.

Le convoi est divisé selon les raisons du rapatriement, en plusieurs catégories. En rapatriés :

         Par expiration de contrat

         Comme non-valeurs

         Par mesure de police.

 

Il est possible de donner une évaluation en pourcentage des retours par rapport aux entrées. On estime le nombre à 43 % pour  la Martinique.

 

Une cause de ce pourcentage relativement peut élevé peut être d’ordre comptable. Schœlcher  mentionne dans le Moniteur des colonies du 19 octobre 1884 que l’administration n’organise pas régulièrement des départs de bateaux vers l’Inde. Cela amène de nombreux Coolies à partir à leurs frais pour Demeran afin de profiter de navires en partance  pour l’Inde. Tous ces départs n’ont pas été pris en compte dans les statistiques officielles.

En 1896, le Conseil Général, demande le dénombrement de tous les Indiens vivant dans la colonie et leur rapatriement, et, dans un même temps, de prévoir les sommes à dépenser pour ce rapatriement. De 1853 à la Martinique, 11 077 ont été rapatriés vers l’Inde.

Les Indiens qui renonçaient à  leur rapatriement devraient considérer la colonie comme dégagée de toute obligation à leur égard.

Ceux  qui désiraient être rapatriés, devaient se présenter devant le commissaire de police de leur canton et s’inscrire sur la liste. Et ceux qui quittaient leur habitation, pour se rendre à Fort-de France, perdaient leur départ.

 

Mais les crédits ne furent pas votés, et l’emprunt n’a jamais été envisagé.

 

La question du rapatriement n’est réglée finalement qu’en 1903, par la signature d’une convention le 1er juillet de cette année entre la France et le Royaume-Uni.

        

La situation des indiens en 1884

 

En attendant cette décision, les Indiens ballotes, épuisés et ayant perdu confiance, se sont établi au plus près, la où les déposait leur total dénuement, au dépôt de la Pointe Simon.

 

Leur errance est tragique. Elle se déroule sur un fond de pauvreté et de précarité

 

 

L’Indien ressent l’exclusion, car dépossédé d’une véritable expression. Hors du monde social, il fait sienne l’image péjorative que lui revoie la société coloniale. La population martiniquaise fragilisée par les rapides mutations tant économiques que sociales a peur de ces Indiens laissés pour compte, auxquels elle associe très vite la légende dégradante du vagabondage. C’est  en effet à cette période que bon nombre des proverbes et des chansons à consonance très péjorative enrichissent notre patrimoine culturel. Qui n’a pas gardé en mémoire ces expressions méprisantes de :

 

                   « Coolie mangé chien »

 

                   « Faible kon an coulie »

 

                   « Coolie dalot » pour ceux qui étaient chargés de la propreté à Fort-de-France

 

                   « Tout coolie ni an kout dalo (trotwa) pou i  » : l’Indien se retrouve toujours un jour ou l’autre en train de mendier dans la rue.

 

Et les termes « échappé coolie » montre bien la discrimination due au préjugé de race et de couleur, et comment l’individu peut sortir de cette condition, et en être « sauvé » !

 

La  biguine « Vini oué coulie ya » montre comment la malédiction poursuit l’homme indien qui est  jugé incapable de prendre femme et de l’entretenir, et finit par se retrouver dans les rues de la ville, comme un vagabond.

 

En outre, comme le faisait remarquer J.F WAGNIART, le vagabondage est lié à d’autres figures diaboliques, comme celles du fou, du gitan, de l’anarchiste . La peur sociale suscitée se manifeste  donc avec plus ou moins de violences selon les périodes.

 

Les derniers Indiens du dépôt sont transférés à l’asile municipal, à la veille de la première guerre mondiale. Cependant il ne faut pas oublier que jusqu’en 1884, la ville de Fort-de –France set sale et son nettoyage n’est pris en charge que par un entrepreneur. Pour y remédier, on fait appel aux immigrés indiens qui se trouvent dans le dépôt en attente du bateau de rapatriement.

Ainsi, les Indiens s’occupent de certains travaux dans le ville, dont notamment le balayage des rues. Mais leur rémunération pose problème, car la ville de Fort-de-France ne dispose pas encore de service de nettoyage et le Conseil général chargé du rapatriement, donc responsable de cette situation précaire, doit y participer.

 

         Ce n’est que sous le mandat de Victor SEVERE que les immigrés indiens travaillant pour la ville deviennent employés municipaux, la ville ayant entrepris de grands travaux d’assainissement.

Les autres se fixeront dans les communes.    

    

Quelque années plus tard, en 1915, Conseil Général accorde à la ville de Fort-de-France la  jouissance du « dépôt des immigrants ».

 

Vers 1958, les fortes pluies qui s’abattent sur Fort-de-France font déborder la rivière Levassor qui quitte son lit, entraînant des pertes considérables  non seulement pour la population mais aussi aux commerçants. Le maire, Aimé CESAIRE, après une enquête sociale, fait attribuer un lopin de terre sur les terres encore très boisées de Trénelle, aux habitants infortunés de cette catastrophe . Ainsi bon nombre d’Indiens purent reconstruire leur vie à Trénelle   

 

 

L’INTÉGRATION DE L’INDIEN A LA SOCIÉTÉ ANTILLAISE

 

 

 

 

Arrivés tardivement aux Antilles par rapport aux Européens et aux Africains, les Indiens n’ont pas été totalement  assimilés par la société créole qu’ils ont contribués à faire évoluer.

Pour juger de l’intégration et la « créolisation » des Indiens, quatre facteurs essentiels doivent être pris en compte : le créole, la religion catholique, le mode de vie, la nationalité.

 

L’acquisition du créole

 

Les Indiens apprennent le créole : cela se comprend très bien dans la mesure où, sur la plantation, le créole est indispensable pour prendre les ordres du « géreur ». On notera aussi que, pour les populations originaires des régions géographiques éloignées les unes des autres, le créole joue comme l’anglais en Inde, le rôle de langue véhiculaire et permet la communication, contribuant ainsi à souder les « TAMOULS »et les « CALCUTTA » en une « nation » indienne plus homogène. Cet  acquis  du créole distingue les Indiens des Antilles françaises à ceux de Trinidad ou du Guyana, qui ont conservé leurs langues originelles HINDI ou OURDOU.

 

L’adoption de la religion catholique

 

Comme le remarque Singaravalou, il y a une « conversion massive et rapide des Indiens au catholicisme : conversions volontaires parfois, mais souvent sous la contrainte morale et matérielle.  Cependant,  la religion indienne, malgré un syncrétisme avec le catholicisme, se fait encore nettement sentir à travers les temples notamment à  Basse-Pointe (Martinique) qui possède deux chapelles et un temple hindou.

 

 

L’adoption du mode de vie créole

 

Les cartes postales anciennes du début du siècle sont témoins du maintien d’abord, puis de l’abandon progressif des habitudes vestimentaires originelles. L’assimilation est complète : robe « madras », bijoux créoles ; seules l’apparence physique justifie la dénomination « indienne ».

 

L’adoption aux habitudes alimentaires, consommation de viande de bœuf mise à part, s’est également faite sans grande difficulté. Il faut cependant rappeler ici que les Indiens ont apporté aux recettes culinaires, végétaux et graines utiles à l’utilisation  dans les mets nationaux comme le colombo, le calalou et le curry.

 

Actuellement, 10 000 Indiens et Métis « CHAPÉS COOLIS » forment la communauté indienne de la Martinique, tandis qu’à la Guadeloupe elle peut être estimée entre 25 000 et

 50 000 personnes selon que l’on compte ou non les Métis.

 

L’importance numérique de cette population ne peut se comparer aux 400 000 Indiens du Guyana (55 % de la population totale) et de Trinidad (40%) ou même aux 150 000 Indiens du Surinam (40 %).

 

 
BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

-         Adélaïde-Merlande J : Documents d’histoire antillaise et guyanaise 1814-1914

 (Paris 1979)

-         Haurigot G :! Excursions aux Antilles françaises (Editions H. Lecène et H. Ourdin,

Paris 1878)

-         Dictionnaire encyclopédique Désormeaux

 

-         Roselyne GAMESS et Yves GAMESS : De l’Inde à la Martinique

 

-         INTERNET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BILAN

 

 

 

 

Pour la Martinique, Schœlcher mentionne les chiffres officiels suivants dans l’Opinion du 5 septembre 1876 : « De 1854 jusqu’au 30 juin 1876, on amené 31 640 Coolies. Sur ce nombre : 3 307 ont été rapatriés à l’expiration de leur engagement ; 17 890 sont encore aujourd’hui dans l’île : 10 443 sont morts ».

 

Dans Polémique coloniale, il dit : « Du commencement de 1853 au 31 décembre 1882 il a été introduit à la Martinique 24 584 immigrants indiens ayant donné naissance à 3 605 enfants ; ce qui porte le nombre de ces immigrants à 28 189. Pendant la même période, le nombre des décès s’est élevé à 10 818 et celui du rapatriement  à 4 260. Nous possédions donc dans la colonie au 31 décembre 1882 : 13 111 immigrants indiens ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’INTÉGRATION DE L’INDIEN A LA SOCIÉTÉ ANTILLAISE

 

 

 

 

Arrivés tardivement aux Antilles par rapport aux Européens et aux Africains, les Indiens n’ont pas été totalement  assimilés par la société créole qu’ils ont contribués à faire évoluer.

Pour juger de l’intégration et la « créolisation » des Indiens, quatre facteurs essentiels doivent être pris en compte : le créole, la religion catholique, le mode de vie, la nationalité.

 

L’acquisition du créole

 

Les Indiens apprennent le créole : cela se comprend très bien dans la mesure où, sur la plantation, le créole est indispensable pour prendre les ordres du « géreur ». On notera aussi que, pour les populations originaires des régions géographiques éloignées les unes des autres, le créole joue comme l’anglais en Inde, le rôle de langue véhiculaire et permet la communication, contribuant ainsi à souder les « TAMOULS »et les « CALCUTTA » en une « nation » indienne plus homogène. Cet  acquis  du créole distingue les Indiens des Antilles françaises à ceux de Trinidad ou du Guyana, qui ont conservé leurs langues originelles HINDI ou OURDOU.

 

L’adoption de la religion catholique

 

Comme le remarque Singaravalou, il y a une « conversion massive et rapide des Indiens au catholicisme : conversions volontaires parfois, mais souvent sous la contrainte morale et matérielle.  Cependant,  la religion indienne, malgré un syncrétisme avec le catholicisme, se fait encore nettement sentir à travers les temples notamment à  Basse-Pointe (Martinique) qui possède deux chapelles et un temple hindou.

 

L’adoption du mode de vie créole

 

Les cartes postales anciennes du début du siècle sont témoins du maintien d’abord, puis de l’abandon progressif des habitudes vestimentaires originelles. L’assimilation est complète : robe « madras », bijoux créoles ; seules l’apparence physique justifie la dénomination « indienne ».

 

L’adoption aux habitudes alimentaires, consommation de viande de bœuf mise à part, s’est également faite sans grande difficulté. Il faut cependant rappeler ici que les Indiens ont apporté aux recettes culinaires, végétaux et graines utiles à l’utilisation  dans les mets nationaux comme le colombo, le calalou et le curry.

 

Actuellement, 10 000 Indiens et Métis « CHAPÉS COOLIS » forment la communauté indienne de la Martinique, tandis qu’à la Guadeloupe elle peut être estimée entre 25 000 et

 50 000 personnes selon que l’on compte ou non les Métis.

 

L’importance numérique de cette population ne peut se comparer aux 400 000 Indiens du Guyana (55 % de la population totale) et de Trinidad (40%) ou même aux 150 000 Indiens du Surinam (40 %).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

-         Adélaïde-Merlande J : Documents d’histoire antillaise et guyanaise 1814-1914

 (Paris 1979)

-         Haurigot G :! Excursions aux Antilles françaises (Editions H. Lecène et H. Ourdin,

Paris 1878)

 

Roselyne GAMESS

Yves GAMESS : DE L’INDE À LA MARTINIQUE